Le Château

1853 aquarelle du chateau a nampont par macqueron

Sur la rive gauche de l’Authie qui bientôt rejoint son embouchure, le château de Nampont est une maison-forte cernée de douves alimentées non par la rivière mais par des sources. Son implantation à la frontière septentrionale du royaume nécessita l’adaptation de sa défense à l’artillerie, modernisation insuffisante qui n’empêcha pas sa destruction partielle par les Espagnols de Philippe IV en 1635, et plus récemment au cours de la Seconde Guerre mondiale.

La grande partie du château est du XIIIème siècle en calcaire sur soubassement de grès, entouré de douves, est bâti sur un plan polygonal. Mais sur des pièces de bois qu’on a du remplacer naguère, on a pu lire des dates qui prouveraient que le château remonterait au Xème siècle. Techniquement, l’emploi des deux matériaux se justifie par la présence d’argile et de craie dans le sous-sol de la région, bien que la craie soit gélive et difficile à tailler à cause des rognons de silex. Les murs sont de briques appareillées en assises alternées : boutisses et panneresses. Les parties vives : chaînage, linteaux et trumeaux sont en pierre. C’est ainsi que l’on peut constater que le Picard a su marquer son empreinte dans sa terre, concrétisant son sens artistique et esthétique dans ces châteaux où la chaude couleur orangée de la brique cuite au feu de bois s’harmonise à la blancheur de la pierre, en adoucissant l’austérité de cette dernière.

Après avoir appartenu à la famille de Nempont jusqu’à la fin du XIVème siècle, la seigneurie du lieu passe aux Quesnoy qui, après 1400, font certainement construire la porterie d’entrée couronnée de ses mâchicoulis sur consoles. Au cours du XVème siècle, Jean de Biencourt prend possession de la Seigneurie de Nampont qui échoit à la famille de Vaudricourt par le mariage de Marie de Biencourt avec Josse de Vaudricourt. C’est peut-être sous ce dernier que sont reconstruits les différents bâtiments, dominés aux angles du front septentrional par deux tours dont ne reste que celle du nord-est, les murailles de cette tour ont jusqu’à deux mètres d’épaisseur. En 1570, Anne de Vaudricourt transmet les biens de Nampont et le château à la famille de Monchy d’Hocquincourt qui n’y réside qu’épisodiquement avant de vendre la demeure en 1712 à un certain M. Becquin. Celui-ci répare une partie des dégâts causés par les Espagnols qui, selon un plan de 1716 joint à un bail de location, avaient touché les bâtiments situés à l’ouest et au nord, arasant une tour circulaire située à l’angle en pendant à celle qui subsiste. L’œuvre de réparation est poursuivie par les du Maisnil, et en particulier par Gédéon, possesseur de Nampont à partir de 1798. Il appose ses armoiries à l’entrée, qui attestent les travaux réalisés à cet endroit, notamment le remplacement du pont-levis par un pont dormant. Il marque aussi de ses initiales G M en fers d’ancrage le mur extérieur oriental qu’il restaure et transforme également.

Les bâtiments du château de Nampont s’organisent autour d’une cour. Ils dessinent un rectangle cantonné d’une grosse tour au nord-est et tronquée au sud-est, après la chapelle polygonale qui fait saillie pour rattraper l’entrée défendue par deux massifs en éperon. Cette entrée est divisée en porte charretière et porte piétonne (bouchée), possédant chacune un pont-levis dont la feuillure est encore visible dans l’épaisseur du mur. L’absence de saignées verticales au-dessus des portes indique que le type de pont-levis utilisé était soit à bascule, procédé rarement employé apparu à la tour-maîtresse de Coucy dans le second quart du XIIIème siècle et qui nécessitait la présence d’une fosse dont il ne reste plus trace aujourd’hui, soit à treuil simple, système peut-être plus archaïque qui resta cependant usité très longtemps, en particulier pour de petits ouvrages fortifiés. L’ensemble était également doté de mâchicoulis dont il ne reste plus que les consoles. Les plus extrêmes sont à l’aplomb des toitures des tours en éperons, et construits par conséquent après l’entrée elle-même, dans le courant du XVème siècle. L’organisation défensive est enfin modernisée par le percement au XVIème siècle de bouches à feu rectangulaires à double ébrasement à la base de ces flanquements éperonnés, mais aussi le long du flanc oriental, et à la base de la tour. Les canonnières du front nord à ébrasement extérieur arrondi sont plus tardives.

A l’intérieur de la cour, près du petit puits octogonal et adossée à la tour saillante coiffée d’une poivrière, une tourelle d’escalier partiellement prise dans l’épaisseur du bâtiment nord, distribue la tour et l’étage de ce dernier corps de logis. Son entrée est ménagée dans un retrait de mur sous un demi-arc surbaissé. La partie qui s’étend sur la gauche, reconstruite au XVIIème siècle après les destructions espagnoles, a gardé une portion du chemin de ronde, large de quatre-vingt centimètres, percé de deux petites meurtrières ébrasées et voûtées en tiers-point. On y accède par l’étage de la tour. Il dessert aujourd’hui le second niveau du grand corps de bâtiment qui a servi à partir de 1725 de grenier à sel, en remplacement de ceux de Rue et de Forest-Montiers.

Enfin, la courtine ouest qui abritait les étables, écuries et autres bâtiments agricoles et qui comportait une tour dans l’angle nord-ouest esquissée sur le plan de 1717, fermait complètement la cour. Depuis le passage des Espagnols et, surtout, les bombardements de 1944, cet ensemble a perdu toutes ses dispositions originales.

En 1725, il fut converti en poste douanier pour la perception de la gabelle.

Malgré ses mutilations, le château de Nampont a conservé un certain charme, avec ses volumes entourés de douves et ses éléments de défense littéralement mis en avant dans un but plus dissuasif qu’efficace dans cette région particulièrement exposée à partir du XVIème siècle.

Il existe un dicton picard relatif au château de Nampont : « ...Quand François Ier les côtes visitait, Dens men catieu y venait couquer... ».

2012 photographie du chateau a nampont 16

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