L'Authie et le Canal

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L'Authie prend sa source à Coigneux au nord d'Acheux-en-Amiénois à 131m d'altitude, arrose la commune d'Authie et adopte une direction ouest-nord selon l'orientation tectonique générale des cours d'eau de cette région, recevant l'apport de son premier affluent notable, la Quilliene, à Thièvres. Le fleuve baigne ensuite Doullens où il conflue avec son principal tributaire, la Grouche, Auxi-le-Château, puis Argoules et Nampont au nord de la Forêt de Crécy, avant de se jeter dans la Manche entre Fort-Mahon et Berk.

Le nom du fleuve est attesté, pour la première fois, en 723 sous la forme « Alteia ». Ce nom procède d'un type toponymique celtique de sens inconnu « altegia » ou d'un terme gaulois « attegia » au sens de cabane, hutte.

Le cours de l'Authie est aménagé depuis le XIème siècle, période de construction des premiers moulins. Au XIIIème siècle, la basse vallée fut canalisée et à la fin du XVIIIème siècle, 25 moulins sont dénombrés entre Doullens et Tigny. Ils apportaient l'énergie pour le fonctionnement de diverses activités (moulure de grains, broyage du malt, foulage des draps de lin). Aujourd'hui, la plupart d'entre eux ne sont plus utilisés et perdurent dans un état vétuste par manque d'entretien ou par abandon. Seul le Moulin d'Enconnay à Tollent produit encore de l'électricité. Les ouvrages hydrauliques restant sont constitués de seuils et de barrages dont la plupart ne sont pas franchissables par les espèces. Ils cloisonnent l'Authie et par conséquent ses populations de faune et limitent le potentiel du fleuve pour la reproduction des grands migrateurs (saumon atlantique, truite de mer) et la croissance de l’anguille.

La vallée fut rapidement colonisée par les hommes qui y développèrent une activité agricole encore prédominante aujourd'hui. Les premières traces d'occupation (outils de l'époque néandertalienne) remontent de 200 à 300 000 années, durant le Moustérien. Bien que peuplée à l'époque gauloise (bijoux, armes et monnaies découverts dans un sanctuaire de l'époque pré-romaine à Dompierre-sur-Authie ou à Nempont, la vallée resta à l'écart des grands courants de circulation qui ne firent que la traverser selon une direction Nord-Sud. La vocation agricole de la vallée est déjà attestée car de nombreuses grandes exploitations gallo-romaines (villa rustica) ont été retrouvées, notamment à Nampont.

Au nord du fleuve, différentes impositions ne sont pas appliquées comme la gabelle, la taille, les aides et le timbre, ce qui entraîne une contrebande de part et d'autre du cours de la part de Picards cherchant à acheter du sel à moindre coût. Pourtant, en 1272, il est envisagé, par le Comte de Ponthieu, Jean de Nesle, le creusement d'un canal de la baie de l'Authie à Rue dont le port commence à s'ensabler, cette voie d'eau devant être alimentée par les eaux de l'Authie. Face aux difficultés techniques, les travaux ne sont pas engagés et l'idée de canal est abandonnée dès 1277. Au XVIIIème siècle, un projet, resté à l'état embryonnaire, de rendre l'Authie navigable de l'embouchure à Doullens a également été établi.

Au XIIIème siècle, la basse vallée fut canalisée afin d'en assécher les marais. A l'heure actuelle, il en reste la trace par la présence de multiples canaux formant un dédale dense et complexe. La vallée devint à partir de la guerre de Cent ans et de la bataille de Crécy, un lieu d'affrontement et un enjeu primordial dans les combats que se livrèrent les grandes entités politiques. Au XVIème siècle, l'Authie marquait la limite entre l'Artois (sous dominance espagnole) et la Picardie. Elle devint par la suite, au XVIIIème et jusqu'à ce jour une frontière partielle entre le Pas de Calais et la Somme. La vallée de l'Authie est parsemée de villages et petites agglomérations et recèle un riche patrimoine architectural (abbayes et châteaux) qui s'égrène le long des rives du fleuve.

Le réseau de canaux en basse vallée fut mis en place afin de lutter contre les inondations et valoriser les zones de marais, considérées comme insalubres. Le fonctionnement de ce réseau n'est plus dans les mémoires cependant il semblerait que le canal de dessèchement qui traverse les zones de marais permettait d'évacuer les eaux vers l'aval en cas de crues de l'Authie mais aussi d'envoyer les eaux de fortes marées en amont de Nampont-Saint-Martin. En cas de crues en amont de Nampont, un siphon passant sous l'Authie permettait aux hautes eaux de l'Authie d'emprunter le canal de dessèchement pour rejoindre le lit de la rivière au niveau de Colline-Beaumont. Aujourd'hui le canal de dessèchement n'est plus en mesure de jouer son rôle du fait d'un manque d'entretien et de prises d'eau à travers ses digues pour alimenter les étangs des huttes de chasse.

Plus près de l'estuaire, le moulin de Maintenay, près de Petit-Préaux, dont les fondations remontent à la fin du XIIème siècle, offre le meilleur exemple de l'ancienne activité meunière de la vallée. Propriété de l'Abbaye de Valloires depuis 1197, il a été utilisé par les moines jusqu'au XVIIIème siècle. Revendu à des particuliers, il reste un moulin à farine jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, puis il est transformé en scierie qui arrête ses activités dans les années 1970 avant d'être restauré et transformé en écomusée. Au XIXème siècle, la vallée de l'Authie a compté jusqu'à une cinquantaine de moulins (un tous les deux kilomètres environ, ce qui montre le faible peuplement de la vallée lorsqu'on compare cette statistique avec les 60 moulins de la Durdent concentrés sur les 24km de cours de ce petit fleuve côtier de la Seine-Maritime) dont les meules broyaient les céréales, le colza, le lin, l'oeillette ou la cameline pour en extraire la farine ou l'huile.

L'Authie n'étant pas un cours d'eau domanial, l'entretien des berges et du lit mineur incombe aux propriétaires riverains. Cependant les travaux étant généralement coûteux et dénués d'intérêt économique, la rivière est la plupart du temps laissée à l'abandon. Le manque d'entretien conduit à l'envasement du lit et à la multiplication des embâcles qui réduisent l'écoulement et entraînent une perte de diversité biologique de la rivière. De 1992 à 2002, la restauration du cours d'eau de l'Authie a été effectuée par le Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement (CPIE) Val d'Authie puis par l'Association d'Insertion Locale Environnement Services (AILES) sous forme de chantiers-écoles, avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Artois-Picardie (AEAP). Des opérations d'entretien et de retrait des embâcles ont perduré jusqu'en 2006. Suite à ces opérations, la mise en place d'un entretien régulier et pérenne est nécessaire afin de ne pas perdre le bénéfice du travail effectué. C'est pourquoi l'Institution a engagé les démarches administratives nécessaires pour se porter maître d’ouvrage de cet entretien et ces travaux ont été déclarés d'intérêt général (DIG) par un arrêté inter préfectoral le 27 mars 2006.

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