L'Ancien Grenier à Sel

Gabelle 1

Il y avait, un grenier à sel à Nampont, créé par l’article 2 de l’édit du mois de mars 1725, pour remplacer ceux de Rue et de Forest-Montiers, supprimés par l’article 1er dudit édit. Le Curé de Rue levait du sel en ce grenier en 1751. Il est tout entier d’impôt à l’exception de Rue et de sa banlieue. 74 localités en ressortirent. C’était le dernier avant la frontière du Pas-de-Calais, à quelques centaines de mètres de là, où le sel était tellement rare et cher à cette époque, car il fallait payer un droit élevé pour franchir l’Authie, que les habitants, qui ne mangeaient que de la viande sans sel, donc rouge, furent baptisés : « Les boyaux rouges ».

Le sel est une denrée indispensable à la conservation de beaucoup d’aliments. Sous l'Ancien Régime, la vente du sel devient monopole d’État et fait l’objet d’un impôt spécifique : la gabelle. La particularité de cette taxe, c’est l’inégalité géographique de sa perception; certaines provinces en sont exemptées alors que d’autres paient la taxe à son taux le plus élevé, soit 20 fois la valeur du sel. Une telle différence de prix ne pouvait que favoriser la fraude et la contrebande, c’est-à-dire le faux saunage.

La rivière de l’Authie, limite naturelle entre la Somme et le Pas-de-Calais, servait de frontière entre l’Artois, où le commerce du sel était libre, et la Picardie, où le sel était fortement taxé. Un pont d’à peine quatre mètres, séparait Nempont en Artois de Nampont en Picardie, où se trouvait le poste douanier pour la gabelle. La différence d’imposition entre l’Artois et la Picardie favorisait la contrebande. Ainsi, pour rendre plus difficile le transport entre les deux pays, il y avait une zone de trois à cinq lieues de large le long de la frontière, où la consommation de sel était strictement mesurée.

La sévérité des peines semble disproportionnée pour la répression de délits, considérés par la plupart des gens, fort peu graves. Pour la contrebande à pied et sans armes, le faux saunier était condamné à 200 livres d'amende; pour non-paiement, la peine était convertie en celle du fouet et de la marque «G» au fer rouge, servant à constater la récidive, laquelle était punie de six ans de galères et de 300 livres d’amende. Pour la contrebande avec l’aide de chevaux, la peine était de 300 livres ou trois ans de galères, puis en cas de récidive, de 400 livres d’amende et de neuf ans de galères. Pour les faux sauniers attroupés au nombre d’au moins trois et armés, une amende de 500 livres et neuf années de galères étaient imposées pour une première fois et la peine de mort en cas de récidive.

Dès 1665, on propose déjà d’envoyer une partie des faux sauniers qui ont été condamnés aux galères, vers les colonies mais ce n’est qu’en 1730 que le Canada reçoit ses premiers faux sauniers. Entre 1730 et 1743, on évalue à 585 le nombre de faux sauniers et contrebandiers qui ont été déportés au Canada.

En 1700, François Courtin époux de Madeleine Queval est nommé Capitaine des gardes du sel à Nampont-Sain-Firmin.

En 1734, une affaire secouait la commune de Nempont, l’affaire Pierre Dubois : « ...De par le Roy a Versailles le 28 Juin 1734 ; Sa Majesté ayant destiné par ses ordres les nommés Pierre Dubois et marie anne du Bois a etre transferés a la Louisianne, et voulant qu’ils soient transferés en Canada pour y demeurer le reste de leurs jours, Elle a révoqué lesdits ordres, et Son intention est que lesdits Pierre Dubois et sa fille soient embarqués sur le navire le St antoine de Dieppe qui doit partir du havre pour Quebec, Enjoins Sa Majesté au Capitaine dudit Navire de s’en charger et de les remettre a son arrivée au Sr Ministre de Beauharnois Gouverneur et Lieutenant général pour Sa Majesté en la nouvelle france, lequel luy en donnera la decharge, fait a Versailles le 28 Juin 1734... »

Le 3 novembre 1733, le Roi Louis XV transmet ses ordres afin que Pierre Dubois et sa fille Marie Anne soient transférés dans les prisons du Havre. Le 17 novembre suivant, l’exempt de la Maréchaussée de Picardie de la Résidence d’Abbeville les laisse à la garde des concierges des prisons du Havre jusqu’à ce qu’ils partent pour la Louisiane. Le Ministre écrit à M. Perrotin de Barmont de Beauregard, Commissaire de la marine, le 22 décembre 1733, qu’il lui fera savoir incessamment les intentions du Roi à leur sujet.

Le 22 juin 1734, Michel Bégon, Intendant du Havre, écrit au Ministre afin que soient expédiés de nouveaux ordres. Puisqu’il n’y a pas, dans ce port, de navire pour la Louisiane, on propose plutôt de transférer Pierre et Marie Anne Dubois aux colonies sur le prochain navire qui partira du Havre pour le Canada. Le 28 juin suivant, le Ministre envoie les ordres du Roi ainsi qu’une lettre destinée à M. de Beauharnois et M. Hocquart que le capitaine du navire devra se charger de leur remettre. La lettre précise que Pierre Dubois et Marie Anne Dubois, sa fille, seront embarqués sur le Saint-Antoine de Dieppe, qui doit partir du Havre pour Québec. Le Capitaine Pierre Sallois a reçu l’ordre de les remettre à M. de Beauharnois qui devra lui en donner la décharge. L’intention du Roi est qu’aucun d’eux ne repasse en France.

Le 15 juillet 1734, les archers de la Prévôté de la marine décrouent Pierre et Marie Anne Dubois et remettent l’ordre de leur décharge au geôlier des prisons du Havre. Pierre et Marie Anne sont embarqués sur le Saint-Antoine de Dieppe ce dont le Ministre tient particulièrement à s’assurer. Michel Bégon lui confirme dans sa lettre du 27 juillet 1734, qu’ils sont effectivement partis le 15 juillet dernier pour Québec. Marie Anne et son père venaient de passer près de huit mois dans les prisons du Havre. Le Capitaine Pierre Sallois a transmis au Ministre, tel que requis, l’accusé de réception des prisonniers.

Le Saint-Antoine de Dieppe arrive à Québec vers le 2 octobre 1734, après une traversée d’environ 80 jours. Le 10 octobre suivant, M. de Beauharnois et M. Hocquart confirment au Ministre Maurepas qu’ils ont bien reçu de M. Bégon, l’ordre de retenir les prisonniers et qu’ils veilleront à ce qu’ils ne repassent pas en France. Le 1er février 1735, le ministre écrit à M. de Beauregard qu’il a reçu le certificat de la remise faite à Québec des nommés Pierre et Marie Dubois qui avaient été embarqués par ordre du Roi sur le navire le Saint-Antoine de Dieppe, commandé par le Capitaine Pierre Sallois.

Pierre Dubois est décédé le 11 juillet 1735 à l’Hôtel-Dieu de Québec, et a été inhumé le lendemain dans le cimetière des pauvres. Il était entré à l’Hôtel-Dieu le 5 juillet précédent. Le registre des malades précise «pierre dubois agé de 70 ans de picardie faussonier mort le 11». Marie Anne Dubois épouse le 4 septembre 1736, à 36 ans, un veuf beaucoup plus âgé qu’elle, Jean Georget dit Châteaubrillant.

Petit Chemin, hameau de Dominois fut aussi grenier à sel de Nampont en 1726 comme Arry en remplacement de Forest-Montiers.

Liste des Receveurs du Grenier à sel de Nampont :

1729 : Louis MAUPIN.

1735 : François LOISEL.

1743 : Nicolas de SAINT-JULLIEN.

1749 : Charles de SAINT-JULLIEN.

1758 : Norbert LOISEL.

1764 : Adrien FUZELLIER.

1775 : Jean-Baptiste HENOCQ.

1776 : François HAUDRY.

1778 : Jacques-Sébastien de SAINT-JULLIEN.

1788 : Pierre CARPENTIER.

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